Où on va papa ? de Jean-Lous FOURNIER


Note : *****

 

Il y a des jours où on a de la chance. On va au supermarché du coin faire ses courses alimentaires et comme habituellement, on passe sans trop faire attention mais tout en jetant un oeil quand même, devant le stand (en général assez pauvre) librairie - fournitures scolaires et magazines qui longe l'allée centrale.

 

Là, se dégageant des autres parutions, un titre : Où on va papa ? Un auteur : Jean-Louis FOURNIER. Une couverture bleu marine, simple, élégante, sans fioriture, comme les vrais lecteurs doivent les aimer. Une couverture qui nous vient de Stock, un bon éditeur. Alors forcément, ces trois ingrédients réunis, en bonne lectrice que je suis, je prends le livre en main,  m'octroyant cinq minutes dans cette journée harassante pour lire les premières phrases de ce roman au titre qui m'accroche tant.

 

"Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l ai jamais fait. Ce n était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "


Puis, ces mots de l'auteur, comme justification à ce superbe texte :

"Jusqu à ce jour, je n ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J' avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu ils font ? »
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n' ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j ai pu rouler dans des grosses voitures américaines. ..."

Jean-Louis Fournier

 

Bien sûr, je l'ai acheté. Le soir-même je l'ai dévoré d'une traite. Depuis, je l'ai prêté. Les critiques ont été unanimes, à l'image du Fémina 2008 qui l'a couronné. J'ai ri, j'ai pleuré, j'ai relativisé.. J'ai vu ma vie, moi maman d'une enfant sourde de naissance et j'ai admiré le talent de cet homme dont les mots tranchants et pleins de tendresse nous donnent une belle leçon d'amour, de parents qui aiment envers et contre tous. Et tant pis si la vignette n'existe plus !

 

Merci Monsieur FOURNIER. Je vous aime. Et vos enfants et ceux des autres aussi.

 

Elodie TORRENTE

 


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Commentaires : 1
  • #1

    araucaria (dimanche, 03 juin 2012 21:44)

    C'est un superbe récit, empli d'émotion et de pudeur. Merci pour ce beau billet que vous lui consacrez.