Short aventures matinales

Juillet 2012, shortEdition prépare deux projets. Le premier donnera naissance en octobre 2012 à Short fashion stories. Le second à une grande opération d’écriture en live : La Matinale, le 25 octobre 2012 à Paris Bastille.

 

Short fashion stories : une aventure de haute voltige !

 

8 juillet 2012, je suis à Marseille, chez mon amie de toujours Sarah IVARS, avec qui je partage des rires (beaucoup), des pleurs (parfois), des verres (souvent), des ennuis (nous avons des enfants et des ex !) et des projets artistiques (à découvrir bientôt !). Alors que je marchais accompagnée de celle-ci dans les rues escarpées de la cité phocéenne, mon téléphone portable retentit. C’est Isabelle Pleplé, directrice éditoriale de shortEdition qui m’appelle. Elle a eu l’idée d’un projet d’envergure : un partenariat avecBrandAlley, le site des jeunes créateurs qui s’est associé quelques mois auparavant avec le célèbre magazine de mode Elle pour promouvoir les futurs jeunes talents de la création à travers le Lab. Pour séduire BrandAlley avec qui elle est déjà en contact, Isabelle souhaite faire un pilote qui rassemblerait autour d’un jeune créateur, un nouvelliste, un poète et un dessinateur de comics (ils sont appelés strips chez shortEdition). Pour ce faire, elle souhaite constituer dans les heures qui viennent deux équipes de 3 auteurs autour d’un créateur. Le but est  d’envoyer ensuite les textes de ces équipes au futur partenaire de mode. Elle a pensé à moi. Je suis flattée, angoissée, ravie et surtout motivée. Elle me propose de rencontrer le lendemain-même la créatrice de vêtements qu’elle me dédie. Il s’agit de Marie-Ange Giordano qui a créé la marque PapaRosa, très en vogue sur le site du futur partenaire. Ayant prévu de rentrer le soir-même à Paris, j’accepte le rendez-vous.

 

Naturellement, le lendemain à 11 heures je suis au 1 rue Thérèse, dans les bureaux de l’éditeur. Là, je rencontre Marie-Ange qui me parle d’elle, de ses collections, mais aussi Quentin, le développeur Web aux cheveux verts de shortEdition, Lou Lubie, la dessinatrice de comics qui doit faire partie de l’équipe. Pour la poétesse retenue, elle habite trop loin pour être avec nous. Nous nous présentons, nous échangeons, nous rions et puis… nous apprenons qu’il faudra rendre sa copie le mardi d’après, soit dans quatre jours. Je n’y connais rien à la mode malgré mon nom de couturier (sic) mais qu’à cela ne tienne, je suis auteur, non ? (re-sic). Je rentre chez moi, comblée par la confiance qu’on me témoigne et me mets au travail.

Pour réussir ma mission, je rencontre une amie et voisine qui travaille dans le milieu de la mode depuis des lustres. Autour d’un café, elle me fait l’historique du domaine, me parle de Chanel, de Saint-Laurent et là, l’idée, l’angle d’attaque de cette future nouvelle se présente à moi. Je regarde les modèles de Marie-Ange GIORDANO sur son site pendant le week-end, discute avec mon amie Muriel le dimanche soir de l’histoire que j’ai commencée. Elle me guide vers des fins éventuelles. Je m’endors en réfléchissant à toutes les suites possibles et le lundi matin je m’installe à mon bureau pour tout écrire. La nouvelle s’appellera la Petite Robe Noire, un classique de la mode, la révolution de Coco Chanel en son temps. J’envoie le texte deux heures avant la deadline à shortEdition, j’attends la réponse, fébrile.

C’est Marie-Ange qui me l’envoie. « J’adore ! Tu sais, Élodie que j’ai vécu une partie de ce que tu racontes ? » Je souris. Les auteurs sont comme ça. Visionnaires… Parfois. Le comité de shortEdition me félicite. J’ai fini mon travail. Ils envoient les deux pilotes à BrandAlley, réponse dans quelques jours pour savoir s’ils ont décroché le partenariat. Il faut croire que les deux équipes ont été performantes. BrandAlley est enchanté. Nous sommes au moins six auteurs et deux créateurs à être comblés. Nous avons relevé le défi lancé par l’éditeur qui nous a donné sa confiance. Ce dernier exulte même s’il sait que le travail va être conséquent. Le livre sortira à l’occasion de la Matinale. La Matinale ? Mais qu’est-ce donc ? La réponse ne se fait pas attendre. ShortEdition lance le concours sur son site fin juillet. Et c’est là que le rêve commence…

 

La Matinale : une préparation intense, une expérience inédite

 

Fin juillet 2012, donc, la Matinale est lancée. Nous l’apprenons sur le site. Le concours se déroulera en live à Paris en octobre 2012 et consiste à faire plancher dans un bar privatisé pour l’occasion, des nouvellistes, des poètes, des auteurs de très très courtes nouvelles (TTC) et des dessinateurs de strips (courtes BD) pendant 7h07. Les candidats intéressés pour participer à la performance littéraire seront évalués et retenus sur dossier. Pour les nouvellistes, ma catégorie, il faut envoyer deux nouvelles déjà écrites ou non, nos préférées, au comité éditorial qui retiendra les meilleur(e)s. J’envoie Face à moi et Monsieur Halimi, deux textes publiés dans Comment ça va ? Des nouvelles de nous aux Éditions La voix au Chat Libre (mars 2008). Deux nouvelles qui ont été appréciées par la plupart des lecteurs. Je ne prends pas de risque. Le challenge de la Matinale me fait vibrer, je veux en être et mets donc tous les atouts de mon côté. Nous sommes le 2 août quand elles partent par courrier électronique à shortEdition. Il va falloir patienter deux mois pour la réponse. Ouf, il y a les vacances en famille et en Crête avant... Ca va aider à patienter !

 

Septembre 2012, j’apprends que le Président de cette Matinale dont la performance me fait rêver sera David Foenkinos dont j’ai lu La délicatesse il y a un an. J’avais apprécié le style, mais ne me souvenais pas de l’histoire. Dubitative (pourquoi ne me souvenais-je pas de ce roman ?) mais ravie de savoir qu’une « tête de gondole » allait promouvoir cette manifestation, j’étais encore plus impatiente de connaître les résultats qui devaient être annoncés le 30 septembre. Manque de chance, shortEdition informe que la Matinale qui devait se tenir le 18 octobre 2012 sera repoussée au 25 du même mois puisque le Président « tête de gondole » est indisponible le 18. Du coup, l’annonce des résultats, pour connaitre ceux qui auront l’honneur de participer, est également repoussée d’une semaine… Je vais finir par n’avoir plus que des cheveux blancs sur la tête !

 

Bon an, mal an, le dimanche 7 octobre arrive… Tous les candidats sont fébriles. Les résultats doivent être annoncés sur le blog de l’éditeur à 18h18. Tous les sélectionnés également membres du groupe d’auteurs shortEdition créé en juin sur Facebook, sont là, à attendre, à rire, à interpeller les équipes de l’éditeur qui lisent les commentaires : « Les résultats, le supplice a assez duré, on veut les résultats ! Qui ira à cette Matinale… ??? » Et puis à 19h42, je suis toujours sur le groupe à écrire des tonnes de bêtises, quand mon téléphone sonne. C’est mon amoureux qui est chez lui, devant son ordinateur, à guetter les résultats depuis 18h18, très consciencieux et qui me dit : « Félicitations, ma chérie ! ». Je n’en crois pas mes oreilles, recharge la page du blog de shortEdition et que vois-je ? Mon nom à la troisième ligne ! Je suis heureuse, j’exulte, je fais des bonds dans mon appartement, j’appelle les copines, je congratule mes acolytes retenus, je remercie shortEdition, je pleure de joie, je ris. Cette Matinale, je la voulais, j’y serai. Finis les fantasmes. Je suis contente, contente, contente ! Même si maintenant, il va falloir penser à se préparer tel que je l’avais défini en cas de sélection. Je n’y vais pas pour dormir bien que l’horaire soit très matinal (sic).

 

C’est mon quatrième concours de nouvelles depuis que j’en écris (2005) et je n’en ai gagné aucun. Alors que j’avais déjà écrit une nouvelle la veille du résultat de la sélection, je décide de mettre mon plan d’attaque à exécution. J’ai quinze petits jours devant moi, des amis, prévenus en amont, qui acceptent tous ma demande : me donner un sujet, un thème, des contraintes à découvrir 10 minutes avant d’écrire et à respecter pour une nouvelle écrite en 7h07 et pas une minute de plus. Je m’y mets dès le lendemain (j’ai de la chance, la période est calme concernant mon activité professionnelle d’indépendant dans la communication) avec un premier sujet donné par mon amoureux… Je l’écris en 3h30, je le termine au bout de 5h30, relectures et corrections incluses. C’est une histoire d’amour. Elle me plait (et quelques mois plus tard, elle plaira également au comité éditorial de short edition qui en fera une nouvelle lauréate : Regards croisés). Je réitère cinq fois l’opération allant jusqu’à me lever à 5 heures du matin pour débuter à 7h07 et finir avant 14h14. La seconde nouvelle est plus difficile. Je prends des risques. Écrire sur une certaine partie de mon passé, ce dont j’ai horreur. La nouvelle est moins réussie à mon goût. Je dépasse les 7h07 mais la retravaille, la relis, la retravaille encore et encore. Elle finira au bout de 12 heures par être à la hauteur de mes exigences littéraires (et enore, en 2014, elle ne sera toujours pas lisible par quiconque). J’en écris quatre de plus dans des registres très différents dont une à partir d’une idée lancée par Florent Jaga, très bon auteur de nouvelles et de poèmes, qui sera mon concurrent à la Matinale. Il me donne une image, je lui en donne une. Je rajoute la consigne de ma cadette qui m’impose une phrase pour débuter le texte. Nous avons 7h07, chacun de notre côté pour écrire notre nouvelle. Nous échangeons nos copies respectives pour lecture le lendemain. Il aime la mienne, j’aime la sienne. Décidément, ce concours va être difficile sachant que mon ambition pour cette Matinale n’est pas de remporter le Prix (même si j’en ai très envie) mais de faire la nouvelle dont je rêve : drôle, légère, au lexique précis sur un thème de fond original et plutôt habituellement traité dramatiquement. Je ne sais si j’en serai capable mais j’en rêve et pas seulement quand je suis éveillée…

 

Le jour J arrive. La veille, je me couche à 22 heures sans problème d’endormissement, ce qui m’étonne. J’ai mis deux réveils à côté de mon lit, histoire de ne pas « louper le bord » comme on dit familièrement, et à 3h15, une heure avant que ces deux-là ne sonnent, j’ouvre les yeux. Le cerveau très réveillé. C’est la Matinale ! Enfin ! Impossible de se rendormir, je me lève pour cette journée qui compte énormément pour moi. Je suis excitée comme une puce à l’idée de retrouver mes copains auteurs dont j’ai fait la connaissance sur le groupe. Je bois un café, puis deux, puis trois, vais prendre ma douche en faisant attention de ne pas réveiller ma petite puce de 10 ans et demi qui dort encore (celle-là même qui m’a imposé ne phrase de début), inspecte mes outils (PC, dictionnaires) quand à 5h15, Pauline se lève. « Maman, je voulais te souhaiter bonne chance avant que tu ne partes. Tu vas gagner j’en suis sûre ! Je t’envoie des pensées positives toute la journée ! Je t’aime ». Si ça ce ne sont pas des encouragements alors je ne m’y connais pas ! La veille, nous avions appris qu’il n’y aurait pas de connexion Internet. C’est dommage, mais je ferai sans. Je prends quand même le portable qui me sert de modem quand il n’y a pas de wi-fi, au cas où… Et puis, il est 6 heures du matin, l’heure d’y aller. Nous devons tous y être à 6h30. Mon métro entre dans ma station de départ à 6h06, ce qui me fait sourire car c’est l’heure initiale à laquelle la Matinale aurait du commencer, mais pour cause de grève SNCF, ce sera 6h30.

 

J’arrive rue de Lappe à la Bastille à 6h25. Je dis bonjour à ceux que je connais en réalité, Jacques Michel, nouvelliste également, puis Florent Jaga, Régine Garcia et tous les autres. 6h30, Isabelle de shortEdition nous souhaite la bienvenue, nous fait entrer un par un pour nous installer. Dans vingt minutes nous connaîtrons les contraintes pour nos textes et dessins. Les mêmes pour tous. J’installe mon énorme PC portable, mes dicos, fais la connaissance rapide de ma compagne de table, une poétesse : Camille de Vitry, déjà très concentrée. Puis le sujet est annoncé : « Ça commence par un vol et il y est question de verre et de pêches » avec une précision : vol, vers, et pêches peuvent être pris dans le sens que l’on souhaite.

 

Là, je regarde mon PC et c’est le blanc total ! Un café, s’il vous plaît. Je sèche ! Puis, parce que je veux faire un texte drôle, je décide de prendre le vol non pas dans le sens du larcin mais dans celui de l’aviation. Je décide du prénom de mon personnage : Patricia. Pourquoi, je ne sais pas mais il s’appellera Patricia. Ensuite, je feuillette mon dictionnaire analogique, me rends à aviation et trouve ce mot que je ne connaissais pas : Circumnavigation. Je le trouve beau, j’imagine qu’il est inconnu de la plupart, je l’inscris en-dessous du sujet sur mon doc et je commence : « Patricia appréciait particulièrement de s’envoyer en l’air. C’était sa.. » Et là, avec la musique du groupe Archive dans les oreilles, pour me couper des conversations à voix basse alentour, j’écris, j’écris, j’écris. Je ne sais pas où je vais, je sais juste ce que je veux faire. Je décide du métier de mon personnage, de son hobby, du lieu, au fur et à mesure que les mots défilent sur la page. Je m’arrête. Je vais fumer une clope. Sortir. Couper. Pour mieux reprendre. Je marche dans la rue, je suis confiante. La première phrase est bonne, j’ai le ton, c’est formidable ! Je retourne à ma table. J’écris la seconde partie. Je n’ai toujours pas la chute mais ça va venir. Je ressors. Je refume. Je discute avec une personne du comité éditorial très bavarde et prolixe sur les dessous de l’éditeur. Je reste vingt minutes avec elle puis j’y retourne. Et là, je trouve la chute. Je l’écris. Je suis ravie de ce premier jet même s’il reste des corrections. J’ai le temps. Il n’est que 10h30. Presque quatre heures pour préciser le vocabulaire, supprimer les mots et verbes pauvres, corriger l’orthographe, vérifier la conjugaison et relire, relire, relire... C’est largement suffisant. Je demande à la dévouée et active Sylvia de shortEdition d’imprimer cette première version pour que je puisse la relire dans les meilleurs conditions. Là je corrige, change des mots, des verbes, faits les cents pas, très concentrée sur les pavés de la rue de Lappe. Il fait beau, j’ai tout mon temps. Je retourne intégrer mes modifications de phrases, mes précisions de mots. Je laisse ensuite poser. Tiens la poétesse n’est plus là. Ses feuilles hachurées, raturées, déchirées sont sur la table. A-t-elle abandonné ? Je demande aux organisateurs. Non elle a terminé et a rendu ! Déjà ?  

 

Maintenant seule à ma table, Christophe, le directeur de la maison d’édition, m’informe qu’un journalise de challenge.fr est là. Puisque j’ai terminé, est-ce que ça me dérangerait d’être interviewée ? « Non, allons-y, pas de soucis », lui réponds-je. Le journaliste s’installe face à moi, me pose ses questions sur ma participation à la short Littérature, ce qui me motive, pourquoi eux etc... Je vous épargne les détails, ce sera bientôt en ligne sur leur site. Les serveurs me demandent ce que je veux manger. Je commande. Je déjeune avec le journaliste. Christophe s’installe également à notre table. Il est 13 heures lorsque je pense à relire mon texte une dernière fois à la recherche de l’imperfection, du mot en trop ou qui manque, de l’anachronisme criard. Je les abandonne avec ma partition à la main. Je retourne dans la rue. J’arpente de nouveau les pavés. Je corrige deux mots essentiels, une phrase que j’estime moins bien tournée que les autres et je rentre. Je modifie le texte, donne ma clé USB à Sylvia. « Voilà mon bébé, prends-en soin. ». J’ai fini. Je suis ravie de mon texte. J’ai remporté mon challenge littéraire personnel. J’espère qu’il plaira aux 5 membres du jury mais à vrai dire je m’en moque un peu. J’ai réussi à écrire ce que je souhaitais. Et là est la plus belle des victoires, en littérature.

 

Je retrouve le journaliste qui me propose d’être filmée pour une autre interview. Je n’aime pas du tout la caméra braquée sur moi mais contre mauvaise fortune j’ai toujours eu bon cœur alors je me plie à son souhait. Entre temps je croise mon confrère Florent Jaga, lui demande comment ça s’est passé pour lui. Il est content de son texte même s’il a préféré celui qu’il avait rédigé deux jours auparavant. Je lui propose de se faire interviewer. Le journaliste n’a pas le temps pour deux auteurs. C’est moi qu’il veut derrière la caméra. Pas de chance pour moi ! Je fais l’interview, dis au revoir à tout le monde et pars bras dessus bras dessous avec Florent, Jacques, Céline, tous les trois auteurs de nouvelles donc en compétition avec moi, si j’en crois les règles : à la fin de la journée, il n’y aura qu’un lauréat. Chacun échange sur son travail, ce qu’il a ressenti, comment il l’a mené. Céline a accouché il y a trois semaines. Elle vient de la région de Toulouse et est crevée par sa suite de couches, son petit laissé là-bas, son voyage pour Paris, le lever aux aurores du matin même. Jacques habite Grenoble mais vient régulièrement à Paris. Comme Céline il ne sait pas pour son texte. Il verra ce soir.  Quant à Florent, il habite Bordeaux et attend avec impatience de savoir qui sera l’élu(e). On boit un verre en terrasse sous ce beau soleil. Jacques paye la tournée pendant que je suis aux toilettes. Je profite de ces quelques lignes pour le remercier… ce que je n’ai pas fait sur le coup, trop perturbée par cette journée si particulière, et pour lui dire que la prochaine fois ce sera pour moi.

 

Je décide de rentrer chez moi pour changer de tenue en vue de la réception du soir qui doit présenter Short fashion stories à tous les journalistes présents mais également, annoncer, par le biais de David FOENKINOS, les résultats de cette Matinale en nouvelles. Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas peur. Je suis tellement contente d’avoir réussi mon challenge littéraire que la victoire n’est plus si importante que cela. J’embarque Florent avec moi. On rigole, il a beaucoup d’humour et je crois bien que je n’en manque pas. Nous sommes fatigués mais heureux d’avoir écrit ce matin. Une fois à la maison, il me demande la faveur de lire mon texte. J’accepte. Il se met à mon bureau et lit. Je vais me préparer et je l’entends rire. Oh, bonheur, oh joie ! Il rit de ce qu’il lit ! J’ai gagné mon challenge ! Je lis le sien. Excellente cette histoire de curé ! Il est, depuis l’annonce de la sélection, celui que je redoute le plus car j’aime le style de M. Jaga et ne comprends décidément pas pourquoi cet auteur-là n’est pas édité... (Avis aux éditeurs !) Puis mon amie Muriel arrive. Je lui ai demandé de m’accompagner à la soirée. Elle est toute pimpante comme d’habitude. Elle veut lire mon texte. Elle a fait partie de ceux qui m’ont donné des sujets et contraintes, c’est elle qui a eu la nouvelle la moins réussie, au premier jet, des six autres textes. C’est elle qui, deux jours avant, m’a raconté quelques histoires terribles et en même temps étonnantes de ce qui se passe à son travail et qui seront, sans que je ne le prémédite, au cœur de ma nouvelle écrite pendant la Matinale. Je lui dois bien cette lecture de Circumnavigation. Et là, troisième miracle de cette journée : elle rit en lisant. Je suis aux anges. Nous quittons l’appartement, prenons le minuscule ascenseur de mon immeuble à trois mais nous sommes trop lourds. Florent, en bon gentleman prend les escaliers. Et là, à mon amie, je ne sais pas pourquoi mais je dis : « je crois que je vais gagner ». Présomptueuse ? Certainement. Heureuse ? Assurément.

 

Nous arrivons, en retard, 19h au lieu de 18h45 à la soirée. Il y a un monde fou. Elle se tient dans le même bar –restaurant que la Matinale. Je crois bien qu’il y a deux cents personnes. Des auteurs, des créateurs de mode, des gens de Babelio.com le site des lecteurs, de BrandAlley, la presse et Foenkinos que je ne vois pas. Je suis accueillie avec une écharpe blanche, celle des écrivains afin que l’on me reconnaisse en tant qu’auteur de Short fashion stories. Trop de monde. Je prends la coupe de Champagne que l’on me tend et ressors, fumer une cigarette avec ma Mumu qui a eu la gentillesse de courir au tabac pour moi. Je ris, je plaisante, on appelle les auteurs pour la présentation de Short fashion stories,. Mon amoureux me téléphone, il est dans les embouteillages parisiens, il arrive, il sera là avant les résultats, promet-il. Et tient sa promesse. Il me rejoint au moment du premier discours de Christophe qui présente à tous le concept shortEdition : promouvoir les auteurs de courts. BrandAlley se présente, les 24 auteurs et 8 créateurs sont demandés sur scène pour la photo de famille, les films, ça fait du monde. Nous sommes tous souriants, pas peu fiers d’avoir participé à cette superbe aventure, l’écharpe blanche des auteurs autour de nos cous respectifs. Et puis, nous repartons dans la salle. Mon amoureux me rappelle : « t’es où ? » « Au fond à droite », lui réponds-je à mi-voix… Ils sont au micro, je suis contrainte d’être discrète. Il me trouve, je suis maintenant bien placée entre lui et Muriel. Le résultat peut être annoncé, je suis parée.

C’est alors que David Foenkinos, l’Auteur reconnu, connu, vendu, traduit, est demandé au micro. Je le trouve mignon avec ses bouclettes et ses lunettes rectangulaires. Et surtout très sympathique avec son humour. Il y va de son laïus sur le court, sur l’équipe de shortEdition très dynamique, tout à fait d’accord avec lui, je hoche la tête comme s’il ne me parlait qu’à moi. Il annonce que tous les textes étaient de grande qualité mais qu’un seul peut être le gagnant, que c’est donc celui qu’il a trouvé le plus original, la nouvelle qui l’a fait beaucoup rire. Je ne sais pas ce qu’ont fait les autres en dehors de Florent Jaga. Son texte m’a fait rire également. Est-ce lui ? De là, je n’écoute plus ce qu’il raconte sur le texte primé, je le regarde attentivement quand il ouvre l’enveloppe et j’entends : « Le lauréat de cette Matinale est un texte de… Elodie TORRENTE ! » Je baisse la tête. Sur un nuage. Absente. Heureuse. Je dis merci et bien sûr on me demande de me déplacer jusqu’au micro. Tétanisée devant cette assemblée ? Un peu. Tel un automate, je monte sur l’estrade avec ma petite robe noire, mes chaussures rouges et ma ceinture qui-n’est–pas-du-même-rouge–que-mes-chaussures-et-que-ça-m’ennuie-beaucoup mais dont je me fous royalement sur l’instant non sans laisser à mon amoureux mon sac, mon manteau…

 

Mon premier mot ? Simple, clair : « Je suis désolée, je ne sais pas parler… je ne sais qu’écrire ». L’assistance rit. Je remercie shortEdition en embrassant chaleureusement Isabelle et Christophe, David Foenkinos (oui j’en profite), dis que je suis très touchée parce que c’est mon premier prix. L’auteur est ravi que ce le soit et je me mets à verser une larme d’émotion sur cette parole. Mon conscient réalise enfin. La Matinale c’est aussi un Prix, pas seulement un challenge. Face à mon émotion, silence dans la salle. Je me reprends, remercie tout le monde, oublie dans la tourmente (je m’en excuse vraiment ici) de saluer mes acolytes qui ont participé ce matin, mes filles, mon amoureux, mes amis qui m’ont soutenue, aidée, encouragée et qui ont cru en mes écrits (alors que je me l’étais promis au cas où je gagnerais), puis je réitère mon soutien à shortEdition qui m’a élue deux fois chouchou, pour leur confiance dans le projet BrandAlley sans omettre d’inciter tous les présents à se rendre sur leur site. J’oublie, encore, de citer Babelio, site de lecteurs sur lequel je me suis inscrite il y a des mois et que j’aime beaucoup pourtant et puis retourne à ma place, mon trophée en main : un sablier 30 minutes sur lequel repose écrit de sa main « Bravo ! David FOENKINOS » avec un dessin de lui et un autre du célèbre dessinateur de BD Nib. Pour ce qui est de la dotation de 1200 €, je la recevrai par chèque dans les jours suivants.

 

Dès lors, j’écoute distraitement les résultats des autres catégories. Dans la catégorie poèmes, ce ne sera pas mon chouchou Vincent DUHAMEL et pourtant, de mon humble avis, il n’y avait que lui pour remporter cette Matinale en poème. C’est ma voisine de table, celle qui avait fini le matin-même, deux heures avant tout le monde, qui remporte le prix. Elle est aux anges, crie son poème au micro… La joie et l’emportement qu’elle y met le rend malheureusement inaudible. Mais avec une telle pression, qui sait comment il réagira ? Puis vient l’auteur du texte très très court et ensuite celui des strips. Je ne connais aucun des deux mais je suis ravie pour eux. On revient tous les quatre sur l’estrade. L’association pour la Francophonie, également invitée, nous remet le livre de Geneviève DAMAS Si tu passes la rivière, Prix des cinq continents de la Francophonie 2012, Prix Victor Rossel 2011. Je suis ravie. De la lecture ! Tous ces regards braqués sur nous, c’est impressionnant. Nous sourions, crevés mais heureux face aux photographes.

 

Je quitte l’estrade, vais voir David Foenkinos pour le remercier en aparté et l’embrasser une nouvelle fois (eh oui, j’en profite !). Il me renouvelle ses sincères compliments et me dit cette phrase qui en aurait choqué plus d’une : « J’étais persuadé que l’auteur était un homme » (les textes étaient jugés sans que le jury connaisse les noms des auteurs). Je suis aux anges. Je l’embrasse encore, lui souhaite une bonne soirée et vais vite retrouver ceux que j’aime non sans être au passage, félicitée, congratulée, remerciée, embrassée par certains autres nouvellistes qui concouraient le matin-même. Je ne sais plus dire que «Merci beaucoup. Je suis contente. » à chacun, à tous et ce, toute la soirée ! Y’a pas à dire, un auteur ça a vraiment du vocabulaire ! Je rejoins mes amis, nous buvons de ce fameux champagne distribué pour l’occasion et j’appelle mes deux filles. Elles sautent de joie et moi aussi. La grande a eu le jour-même 20/20 en gestion ! Pour elle qui était en échec scolaire l’année dernière, je suis comblée.

 

J’appelle ensuite Sarah, ma meilleure amie, ma talentueuse illustratrice préférée, qui habite Marseille et là, alors qu’elle est à l’agonie d’avoir usé ses yeux sur Facebook à l’attente des résultats qui ne seront affichés que deux heures plus tard, je lui dit : « Bon, ben ça c’est fait ! ». Elle hurle de joie au téléphone et moi je pleure. Enfin. Vraiment. De joie. De cette reconnaissance de mon travail acharné, de ce que j’ai souhaité donné, de cet amour que tous m’ont toujours témoigné. Je suis fière de moi. Si fière d’avoir réussi ce texte léger, humoristique et précis dont je rêvais depuis des mois. Et conscience qu’il va falloir travailler encore d’avantage par la suite.

 

Florent arrive vers moi. Me prend dans ses bras. Il a perdu, lui, mais il est heureux de mon succès. J’aurais fait de même. Il a du talent. Il a toujours reconnu le mien. Il n’aurait pas apprécié perdre si ça avait été quelqu’un d’autre. Nous sommes deux auteurs heureux. Ce qui ne l’empêche pas de me vanner. Encore une fois, ce n’est pas pour copier mais j’aurais fait de même !

 

La soirée s’est prolongée jusqu’à 23 heures. Nous sommes ensuite rentrés chez moi. Crevés.

 

Le lendemain, lorsque je me suis réveillée, ma première pensée a été : « Tu as rêvé hier, ce n’est pas possible ». Mais quand j’ai vu que le trophée était bien posé sur mon bureau, alors j’ai compris que j’avais bien reçu un prix littéraire.

 

Mais le plus important dans tout ça, ce n’est pas tant cette reconnaissance. C’est ce texte, Circumnavigation, bientôt disponible chez l’éditeur*, que je me suis empressée de relire à la recherche de la faute oubliée. Ce texte que j’ai aimé écrire, ce texte que je voulais donner, ce texte humoristique sans vulgarité ni lourdeur. Ce texte que je rêvais de rédiger depuis des mois, bien avant la Matinale. Ce texte qui m’ouvre d’autres horizons dans la difficile entreprise de l’écriture et qui m’incite à croire, que oui, maintenant, je peux un jour, peut-être, être un véritable écrivain.

 

Une dernière chose. Merci à tous mes lecteurs du début, actuels et à venir. Je pense particulièrement à Virginie, ma sœur qui a été la première à me lire et à aimer, à Laurence, ma fan comme elle s’appelle elle-même, à Marianne, ma dévouée amie qui a l’œil et le bon, et d’autres de plus en plus nombreux que je ne peux citer ici. Sans leurs lectures, sans leur engouement, je n’aurai peut-être jamais tenté une telle performance. Un grand merci également à Éric LOFF, directeur des Éditions La voix au Chat Libre, auteur et poète qui a découvert mes nouvelles en 2007 sur un blog MSN et qui m’a proposé d’éditer un recueil avec 22 de mes textes. Merci à lui, pour sa confiance, sa croyance en mes écrits, sa patience (même quand je disais que je faisais de la m****). Il m’a beaucoup aidée à travailler certaines phrases, et quand j’ai monté ma petite entreprise, les auteurs qu’il m’a confiés pour relecture et avis m’ont permis de savoir m’auto-corriger. Merci à tous les auteurs que j’aime et qui m’ont donné envie d’écrire. Merci à Emma Visseaux Cart-Tanneur, auteure plusieurs fois primée en nouvelles pour son retour sur mon premier recueil. Son avis m’a encore plus aidée et motivée trois jours avant l’épreuve que tous les avis positifs que j’avais eus jusque là. Merci aux auteurs de shortEdition, qu’ils aient ou non participé à cette Matinale. Les rires échangés sur notre groupe m’ont apporté bien davantage que tous les grands discours sur la littérature. Enfin, merci à shortEdition qui défend activement la nouvelle et soutient les auteurs par de tels projets.  Et bravo à tous ceux qui ont participé ! Car après tout, le principal est quand même d’avoir été sélectionné.

 

Et à bientôt pour la suite de ces aventures en short ou en pantalon !

 

Élodie TORRENTE

Villejuif, le 27 octobre 2012

 

 

Crédits photos : shortEdition



[1] En février 2012 primé par le comité éditorial en mars pour la sélection du printemps shortEdition

[2] En juin 2012, primé à l’automne toujours par le jury du comité éditorial shortEdition

 

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