La panne

 

Je venais de parcourir Londres, Tokyo, New-York, Moscou, Reykjavik, Pékin avec ma vieille Mercédès, quand elle me planta net, au bord du ravin sur la route entre Ampus et Les Salles sur Verdon.  C’était bien ma veine. La nuit tombait, aucune habitation à la ronde et mon téléphone portable dernière génération qui ne captait rien. Le coin était magnifique, certes, mais je me serai bien passée de devoir marcher des heures dans ce désert de verdure aux bruits étranges. Dormir dans la voiture était une alternative au problème.  Avec la faim qui me tiraillait le ventre, aucune des deux options (de base, non fournies dans ce modèle de Mercédès  là) ne tenaient la route. Même si, moi, j’étais bien dessus, seule, comme une pov’conne, à me demander si j’allais pourrir dans ma caisse ou sur le bitume. Je choisis la seconde solution, ne supportant pas l’inaction face à une situation difficile. C’est ainsi, que, vêtue de mes tongs de vacancière, je me mis en chemin pour demander de l’aide. N’ayant pas croisé de maison  depuis 5 kms, je décidais d’aller de l’avant, puisque c’est toujours ainsi qu’il faut faire tant il est difficile d’aller de l’arrière. Sauf peut-être en train, d’où l’arrière train. Mais je m’égare en chemin. Revenons à ma route, noire ou presque, nichée en lacets entrelacés dans ces montagnes hostiles du Haut-Var où des bruits étranges me font frissonner comme une feuille en automne, car comme chacun sait, toutes les feuilles frissonnent en automne et non pas à l’époque où nous chanterons le temps des cerises. Des cerises ! J’avais une faim de loup. J’espérais, néanmoins (ce qui rend la respiration difficile) que les loups n’aient pas faim. Prendre mes jambes à mon cou n’était pas dans mes habitudes. Je préfère, et de loin, les pendre au cou d’un autre. Mais la situation ne s’y prêtait guère, je n’avais d’ailleurs, sous la main, personne à qui la rendre. J’avançais donc, le regard fixe, le dos courbé, les mains croisées, triste et le jour pour moi sera comme la nuit… Merci Victor mais on ne t’a pas demandé de la ramener ! Toujours à faire le malin celui-là. Dire que ça fait des siècles que ça dure ! Je poursuivais mon chemin, disais-je, lorsque j’aperçus, au loin, de la lumière. C’était au fond d’une espèce de champ, une sorte de hangar d’où semblait sortir de la musique. A moins qu’il ne s’agisse d’éclats de voix. Le vent qui ne venait pas de se coucher mais de se lever, alors que ce n’était ni le lieu, ni le moment, trompait  mon ouïe que j’avais pourtant fine. La preuve, je suis fan de Didier Barbelivien. Je me dirigeais vers la lumière, prudemment, dans ce noir d’une nuit de pleine lune, la peur au ventre de rencontrer une bête plus grosse que moi. Je pris un chemin sur la gauche qui semblait mener au hangar. Je ne vis pas, à l’entrée de celui-ci les fils électriques destinés à éloigner les animaux sauvages ou autre curieux malintentionné. Bien sûr, je buttai contre eux, reçu une décharge, me débattit pour enfin m’emmêler les jambes dans ceux-ci, hurlant et gesticulant tant que je le pouvais. Cette pantomime eut pour effet de réveiller une meute de chiens qui dévala vers moi en aboyant méchamment. J’allais finir en steak tartare au pays de l’olive et de la lavande. Ce qui est, notez-le, totalement déplacé. Heureusement, mes cris furent également perçus par des homo sapiens dont deux spécimens du sexe masculin me firent la courtoisie de leur visite. Peu rassurée par leur mine patibulaire, je fis contre mauvaise fortune, bon cœur et accepta, la main que l’un d’entre eux me tendait. Il était court sur pattes qu’il avait grosses et imberbes, le visage rond sur lequel deux yeux de fouine et une bouche sans lèvre faisaient mauvaise figure. Sa voix douce contrastait avec cet aspect peu engageant qui, de toute façon, ne m’engageait à rien d’autre qu’à me dégager dans leur abri. Vue ma position, j’eus été bien impolie de refuser. C’est ainsi qu’ils me transportèrent vers le hangar que j’avais aperçu au loin. Comme je l’avais entendu, des décibels de musique en sortaient. Des éclats de voix également. Visiblement la fête battait son plein.  Vidée, j’étais battue d’avance.  Face à ce mobil-home posé dans ce hangar, au milieu des outils, des chiens, des tracteurs et des encombrants, je vivais un grand moment de solitude. Et j’étais bien la seule.

 

Lorsque nous entrâmes, le silence se fit instantanément.  Les deux garçons me déposèrent sur la banquette immense qui longeait les trois côtés du mur du fond, à gauche en entrant (quant aux toilettes, c’est au fond du couloir, à droite, si vous avez envie d’y aller.). Quelques levées de corps eurent lieues, sans faire appel aux PFG. Signe que la chance ne m’avait pas totalement quitté. Ils me proposèrent un verre d’eau ou un pastis. Je pris le second, sachant pertinemment qu’il y aurait de l’eau dedans. J’ai beau être une touriste de la ville, je connais quand même les coutumes locales ! Je le bus d’un trait, dans le silence de la pièce exiguë où des paires d’yeux me dévisageaient. Celui qui me tendit la main entama le dialogue me demandant ce qui m’avait amené dans ces fils électriques. Je lui racontais la mésaventure de ma Mercédès, le désarroi qui était le mien car j’étais attendu aux Salles sur Verdon pour un colloque sur la question primordiale que se pose tous les chercheurs de notre époque « Est-ce que quand c’est cuit, ça boue ? ». Il était hors de question que je manque un tel débat dans lequel mon intervention en tant que spécialiste des lois physiques transcendantales de l’évolution humaine était capitale, notamment pour certains capitaux dont l’effet capiteux m’empêcher de capituler. Sensible à la priorité de ma mission, cet homme râblé au physique incertain me proposa de dormir sur place et de me dépanner à l’aide de ses pinces crocodiles, le lendemain matin à la première heure. Il invoqua ma fragilité corporelle due aux décharges reçues à l’entrée du chemin. Je m’inclinais bien que meurtrie par toutes sortes de courbatures. Peu à peu les discussions reprirent et la musique aussi. Pas de Didier Barbelivien, visiblement. Je me rassurais en me disant que s’ils avaient du goût pour la bonne musique, ils ne manqueraient pas de mettre les magnolias de Claude François ou le Petit Bonhomme en mousse de Patrick Sébastien. Autant de chansons qui me plongeaient dans une vraie réflexion de la vie et de la société, loin des Noir Désir, Mickey 3D et autres Yves Jamait, bien trop superficiels pour moi. Bien que le style de musique n’était pas dans mes cordes, je me surpris à bouger mes jambes en suivant le rythme de ces sons endiablés. La hauteur des décibels étant élevée, je ne pus demander le nom de l’artiste. Les uns commençaient à danser avec les autres, notamment le râblait qui se déhanchait à qui mieux-mieux, tout en faisant des œillades bourrées de phéromones aux  rares femmes présentes dans l’assistance. Je sentais bien qu’il m’observait entre deux jeux de jambes et que je devais correspondre à ses goûts en la matière. Fatiguée et endolorie dans la plupart de mes muscles, j’eus quand même la force, après quatre pastis, de les rejoindre sur cette piste improvisée, entre le coin cuisine et le coin salon dans ce mobil-home situé au milieu de nulle part avec ces gens venus de rien. Fred, celui qui m’avait sortie des fils où j’étais empêtrée m’accueillit en me saisissant par la taille aux sons d’une musique ensoleillée. Je suivis la cadence malgré les douleurs que je ressentais. Il plaqua son bassin contre le mien et nous entamâmes une sorte de zouk très serré. Je ne fus pas dupe de la protubérance qui s’élevait entre nous.  J’en étais flattée bien que gênée même si je n’étais pas vraiment néophyte dans ce genre de situation. Je continuais à user de mon balancement de hanches que je m’étais appliquée à mettre en place des heures durant, devant mon miroir, les soirs de résolutions à effet immédiat et non renouvelé. Cela ne fit que renforcer sa dureté à mon égard. A ce rythme-là, je n’allais pas tarder à faire la limace. Tous ces braves gens pourraient me suivre à la trace. Car ils étaient braves, en effet. Joviaux (c’est bizarre comme mot, je vous l’accorde, mais c’est moi l’écrivain et pas vous, alors je fais bien un peu ce que je veux), énergiques, rigolards à défaut d’être rigolos (et pas d’être aux Rigolots, célèbre quartier de Fontenay-sous-Bois, elle-même jolie bourgade du Val-de-Marne nichée entre la Marne et la Seine, ou à peu près. Pour plus de précisions, voir une carte de France sur Google. Pour toute réclamation, merci de contacter Mr Lépine, professeur de géographie au 01 45 54 45 65 en lui précisant que je suis la petite fille qui ne connaissait pas ses fleuves. Il verra tout de suite qui je suis).  Tout en dansant avec le cousin germain de Patrick Chirac en plus petit, j’observais les êtres alentour qui m’entouraient. Il y avait une fille, grande, mince, blonde, jolie et amoureuse d’un grand garçon, mince, brun et joli, lui aussi. Tout était bien dans le meilleur des mondes. Un autre type étrange, dont deux yeux verts légèrement vitreux mangeaient le visage, semblait faire bonne figure plutôt que ce qu’il avait envie. C’était visiblement le maître des lieux, agriculteur de son état et surtout pour l’état. Si j’en croyais ce que l’on chuchotait à demi-mots dans le milieu de la Brie. Alors que dans la Beauce, on se touchait puisque ça porte bonheur. Il était visiblement atteint d’une diarrhée ou d’un problème de prostate malgré sa quarantaine à peine atteinte, car il se rendait toutes les quinze minutes environ dans sa salle d‘eau où se trouvaient les toilettes.  Il en revenait le sourire aux lèvres, comme soulagé. J’en déduisais que les légumes qu’il produisait ne devait pas lui faire que du bien. Comme on dit, c’est toujours le plus mal chaussé qui fait le cordonnier. Un autre mâle était dans la pièce. Il était grand, barbu, brun, avec des petits yeux clairs pétillants de malice. Tout à fait le genre d’hommes que j’apprécie. Mais il était accompagné, cela va sans dire. Un mec bien est forcément un mec pris, sinon, il y a bien longtemps que bobonne l’aurait foutu à la porte. Sa copine me regardait bizarre. Ce n’était pas le moment d’avoir une conduite déplacée parmi ces gens bien en place dans le coin. D’ailleurs le petit gars qui dansait avec moi se rappelait à mon bon souvenir par des appuis de plus en plus long de son sexe sur le mien. Il semblait avoir ce qu’il faut, voir plus, si affinités. Je me détachais légèrement de lui pour mesurer la chose, fit semblant de trébucher et tout en appuyant ma main sur son torse large, je fis mine de remettre ma chaussure. C’est alors que je jetais subrepticement un œil (ce qui n’est pas du tout évident quand on ne veut pas se faire mal voir) sur sa braguette. La protubérance était énorme ! Cela ne faisait aucun doute pour moi. Il y avait urgence à connaître les sensations que pouvaient faire un truc pareil. Je me collais donc de nouveau à lui. Davantage que précédemment. La tête dans son cou, nos bassins ne faisant plus qu’un. Je mouillais franchement lorsque la musique s’arrêta, d’un seul coup. Excitée, décoiffée, suant et soufflant, je me jetais sur un cinquième pastis afin de reprendre mes esprits tandis que les couples quittaient l’assemblée. Ne restait plus que l’homme au regard étrange dont c’était l’habitation et le grassouillet qui m’avait tant excité avec son engin digne des films X de SF. Le premier me proposa la chambre à lits superposés et partit se coucher. Le second resta, son verre remplit, le sourire aux lèvres, prêt à terminer dignement cette soirée. Il ne me plaisait pas des masses mais je n’avais pas sommeil malgré la journée harassante que j’avais passé et j’étais, je l’avoue, curieuse de voir, de sentir et de toucher l’objet d’un de mes fantasmes les plus récurrents. Nous nous installâmes sur la banquette, l’un contre l’autre. Sa bouche se posa sur mes lèvres dans un baiser d’une sensualité étonnante. Tandis que nous nous embrassions, ses mains parcouraient agilement mon corps de moins en moins meurtri, de plus en plus attisé. Ils se glissèrent bientôt dans ma fente déjà humide, titillèrent mon clitoris gonflé par tant d’ardeurs pour s’introduire ensuite dans mon corps offert à cet expert de la caresse. Je côtoyais le divin grâce à la douceur de ses doigts et à la patience de sa langue. Je ne pouvais, dans ces conditions, qu’être impatiente de connaître la vigueur de son membre si impressionnant. C’est alors qu’il se déshabilla tout en continuant à promulguer ses caresses. Une chaleur intense s’emparait de plus en plus de mon ventre, se diffusait jusqu’à me faire perdre la tête, lorsque je le vis enfin nu. C’était une femme. Son pantalon gisait, sur le sol, avec dans l’entrejambe, une coque en plastique.

 

Elodie TORRENTE

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Commentaires: 5

  • #1

    Jean-Charles007 (samedi, 27 juin 2009 08:53)

    Drôle, rigolo, sexy et coquin, mais quelle chute !!!
    Une verve indiscutable, un savoir raconté qui nous emmène d'un bout à l'autre avec plaisir.

  • #2

    cedric (mardi, 26 avril 2011 15:09)

    pas mal! mais quelle bagnole ta merco!

  • #3

    olivier (dimanche, 15 mai 2011 15:32)

    salut il y a un moment que je ne t'avais lu :o)
    toujours la même verve et le même talent narrateur . bises

  • JimdoPro
    #4

    Elodie TORRENTE (lundi, 16 mai 2011 09:42)

    Merci Olivier pour ce passage, cette lecture et ce commentaire... A bientôt de te lire.

  • #5

    helene vallas (dimanche, 21 août 2011 21:41)

    Bravo pour la chute

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